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Beau Bonhomme



Ce fameux samedi du printemps qui se laissait désirer, le soleil était au rendez-vous. Je décidai d'affronter la vie, de sortir, de m'exposer. Exposer, le mot prend tout son sens ou ses sens. Je devrai affronter les regards, les chuchotements et les sourires remplis de pitié. On me disait belle avant l'accident. Deux ans ont passé depuis le drame et j'évite encore les miroirs. Les terrasses seront remplies; je décide de plonger.

Mes verres fumés cachent à peine une partie des cicatrices, un foulard léger dans le cou camoufle d'autres laideurs, je ne m'aime toujours pas. Je me rends donc à la terrasse du restaurant le plus près de chez moi; il est urgent de m'asseoir. Assis l'on devient spectateur, on n'est plus le spectacle.

La jolie serveuse arrive à ma table, par réflexe, je cache cette main droite que je déteste sous l'autre main. Elle passe le linge et sans me regarder, demande: "Qu'est-ce que ce sera pour vous?" Je prendrai un martini, m'étais-je dis avant de sortir. "Je vais prendre un marti... non, un café." La serveuse revient avec le café, le dépose et enfin me regarde. Elle a une petite hésitation qui me semble une éternité puis, en reprenant son sourire, me dit: "Enfin le beau temps est arrivé." Pas de question. Elle connaît son métier.

Me voilà donc assise et servie. Il ne me reste qu'à être discrète et me distraire en regardant passer les gens, surtout les couples. Il y a trop d'enfants aujourd'hui. Je me cache souvent le visage derrière ma main intacte. Un enfant peut être cruel. Un enfant peut aussi être curieux et demander comment c'est arrivé. Je répondrai pour la millième fois, avec une voix douce et un semblant de sourire, que ce sont des cicatrices de brûlures suite à un accident d'automobile. Un parent dira: "N'importunes pas la madame!" Et ils s'éloigneront.

Plus les gens passent plus je rêve : je me vois au bras d'un homme charmant et je suis belle. Puis j'entends chuchoter. J'imagine que je suis le sujet de conversation. C'est possible. Mais il est possible aussi que je sois paranoïaque. J'alterne du rêve au drame jusqu'au moment où un homme seul passe trop près de ma table et mon café se renverse quelque peu.

- "Excusez-moi", dit-il, d'une voix amicale.

- "Ce n'est pas grave."

- "Laissez-moi vous offrir un verre pour pardonner ma bévue. Il semble que la terrasse est remplie. Puis-je m'asseoir à votre table ?"

Je voulais me sauver, mais en même temps j'étais curieuse de connaître la suite. Sa voix était douce et le sourire me semblait sincère. Il avait les cheveux en broussaille et la chemise mal boutonnée, mais tout de même beau bonhomme. Je le dévisageais. Je m'étonnai de m'entendre dire :

- "Mon café est encore plein. Euh! Effectivement, je crois que la seule chaise libre est à ma table. Je vous en prie."

Il s'assit en me remerciant. C'est alors qu'il se mit à me parler de ma voix. Il me faisait sourire et plus je souriais plus il aimait ma voix. Nous avons parlé de son travail, du mien, de ses vieux parents, des miens. Le temps passait et j'étais bien. J'ai pris un martini. Je n'ai pas eu à répondre à des questions que j'ai trop entendues. Après deux heures, d'une agréable conversation, j'abordai la description détaillée de mon malheur, sans gêne ni retenu, avec une touche d'humour, cet humour qui avait accompagné notre conversation.

Mon histoire l'a surpris, mais ne l'a pas incommodé du tout. Pour lui la beauté s'entend dans la voix d'une personne. Il dit qu'il faut écouter, sentir, toucher pour aimer.

Nous habitions le même quartier. Il était temps de partir et j'avais le goût de marcher avec lui. C'est alors que je suggérai :

- "Et si on faisait un bout de chemin ensemble ?"

Puis nous sommes partis bras dessus bras dessous avec mon sourire, mes cicatrices, sa douceur et... sa canne blanche.

de Pierre Bérard

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