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Toutes les qualités et tous les défauts de la femme idéale sont incarnés en elle : la beauté, la sensualité, la séduction, mais aussi l'humour, l'intelligence, la détermination, femme d'affaires, femme de coeur, angélique puis diabolique, sérieuse et rieuse, sincère et menteuse, protectrice ou dangereuse. Si cette femme existait, elle serait bien malheureuse ; aucun homme ne serait de taille à lui plaire plus de 24 heures.
Depuis plusieurs années le fantasme de Roland est Catherine Deneuve ou plus précisément, un mélange de ses rôles au cinéma. Il ne connaît pas vraiment cette femme en dehors de ses personnages au grand écran. Dans la réalité, il est peu probable qu'elle soit tout ça, alors que dans un fantasme tout est possible. Dans son fantasme bien masculin, Catherine ne porte pas de bas-culottes. Elle porte des bas pour son plaisir à elle et assume sa féminité jusqu'au bout.
Ce fantasme ne pose aucun problème. Elle n'est pas la voisine que l'on risque de rencontrer et ensuite faire un premier pas. Elle n'est pas du même milieu ; ce serait tenter de croiser la rose et l'ortie ou la biche et le ver de terre. Elle n'est qu'un mirage qui apparaît à l'occasion, au cinéma.
Puis un jour, c'est l'étourdissement. Il rencontre Catherine pour la première fois. Bien sûr elle ne s'appelle pas Catherine et ne lui ressemble pas physiquement. Cependant, dans ses yeux, il croit déceler toutes les qualités et les défauts de son fantasme. C'est le coup de foudre. Julie est la directrice d'une petite agence de publicité et mène elle-même les entrevues pour combler un poste vacant. Roland est dessinateur et doit maintenant se vendre. Pas facile de la regarder droit dans les yeux avec le fantasme plein la tête.
Une semaine plus tard, il est avisé qu'il a été sélectionné et que son contrat durera six mois. La première journée, Roland passe l'avant-midi en compagnie de Julie. Après avoir fait le tour de l’agence et décrit la fonction de chacun, elle parle d'elle. Il apprend, entre autres, que sa vie sentimentale est au neutre. Roland est pris au piège : être si près du sujet de son fantasme et ne rien entreprendre.
Les jours suivants, il ne la quitte pas des yeux. Julie a dû s'en rendre compte puisqu'elle évite maintenant de passer devant son bureau. Roland se sent idiot et pour ne plus embarrasser Julie, il l'évite aussi. Un jour il surprend une conversation qui l'assomme : on ne veut plus de lui. La fin du contrat arrive. C'est une libération pour Julie qui lui souhaite bonne chance, mais ne lui sert pas la main.
Malgré ce froid, Julie devient le fantasme de Roland. À la différence de Catherine, Julie n'était pas un personnage de film; la rose et l'ortie étaient dangereusement proches. Loin des yeux, son fantasme est plus facile à gérer bien qu'il ne saura jamais si Julie portait des bas. Aujourd’hui, un vieux film mettant en vedette Catherine Deneuve lui rappelle Julie, son fantasme.
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