Henri Paré
Les types qui déboisent la forêt amazonienne acceptent enfin de faire un geste pour l'environnement. Désormais, ils mettront de l'essence sans plomb dans leurs tronçonneuses. (Philippe Geluck)


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On Arrête pas le Progrès !

Il y avait dans la nature, près de l’Espagne,
Un lieu tellement beau
Qu’il était difficile à décrire. C’était une campagne.
Pas un poteau qui n’ait son oiseau.
Des chemins de terre, aux méandres fleuris
Des arbres qui chuchotaient dans le vent, des chants secrets de vie.
Passaient furtivement, quelques mulots, parfois une biche avec son petit,
De jolis ruisseaux, aux clapotis gentils.
Bref, un lieu béni de la nature.
Un jour, peu après la guerre, dit-on, des gens, la redécouvrirent,
Et s’empressèrent d’y bâtir leurs maisons.
Une, deux d’abord, puis plusieurs autres ensuite.
Cela devint bientôt un hameau enchanteur.
Les habitants buvaient l’eau qui jaillissait tout près de leurs demeures.
C’était un nid pour le bonheur.
Mais voilà que tout à coup arrivent des promoteurs.
Ils examinent les lieux d’un oeil connaisseur,
Et approuvent d’avance leurs projets bâtisseurs
Ils se mettent en frais de développer cette région par trop arriérée.
Bientôt arrivent sur les lieux, les grues et autres machines,
Pour creuser, bâtir, construire paver, asphalter,
À ce hameau, faire plier l’échine
Et aussi se faire un nom,
Pour la postérité, croit-on.
La machinerie se met en branle.
On abat les arbres, on traque les ruisseaux
Des trous sont pratiqués dans le sol qui saigne abondamment.
Mais ces plaies sont asphaltées, sur le champ
On s’aperçoit ensuite que les sources sont taries ou polluées.
Ah ! Mais on a des idées ! Qu’à cela ne tienne,
On construit un aqueduc moderne,
Qui amène dans des tuyaux, l’eau traitée
Jusqu’aux maisons des gens éberlués.
On informe la planète, de l’existence de ce nouveau paradis.
La population augmente !
Bientôt ce paradis est rempli à craquer. On n’arrive pas à construire assez vite.
Tous veulent en jouir. Pas demain, tout de suite.
Après quelque temps, il n’y a plus de place.
On a délimité des parcs, bien bétonnés.
Tiens ! Les oiseaux décontenancés sont partis ailleurs.
Goûtez-moi cette eau
Purifiée qui coule dans nos tuyaux.
Voilà ! C’est fini ! Maintenant, admirez... la beauté de cette île enchantée.....

Oh, mais je me trompais, c’est pas fini.
L’asphalte doit maintenant être remplacé, car il est usé.
Peu après c’est l’aqueduc, les tuyaux sont troués.
Il faut refaire et encore asphalter.
Les habitants, grisés par la route adoucie,
Conduisent leurs voitures dangereusement.
Il faut mettre en place les feux de circulation.
Et aussi une force spéciale pour policer et récupérer des fonds.
Les nouveaux citadins interloqués lancent les hauts cris.
Que voulez-vous ? Arrêtez de vous plaindre leur dit-on.
Dociles comme les peuples, ils s’arrêtent un bon moment,
On peut maintenant entendre voler une mouche. Ils sont domptés.
Ils vont se taire et apprendre :
Qu’il faut des bibliothèques, des centres culturels, des centres d’achat,
Qu’il faut se dépêcher, car il se fait tard
Qu’il faut embellir, qu’il faut des boulevards,
Qu’il faut imiter la nature, replanter des arbres,
Bâtir des théâtres, des cinémas, des lumières qui clignotent.
Dans l’ombre.
Du bruit, du bruit
Pavons ! Pavons ! Construisons !
Que retentissent partout les bruits de marteaux, de scies, d’évolution.
Qu’on fasse taire les mécontents !

Cette île, dont j’ai ici caricaturé l’évolution,
Existe vraiment, au large de l’Espagne.
Aujourd’hui on n’en parle plus, car, vous l’avez deviné,
Son charme champêtre d'antan est mort assassiné
Moralité :
Quiconque croit que le havre de paix qu’est son petit domaine
Durera...
... Gémira !










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