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La mémoire



Cédric, jeune millionnaire excentrique de Montréal, désirait créer une fondation pour la recherche sur le cerveau. Plus spécifiquement, il rêvait au jour où la mémoire d’un mourant pourrait être transférée à une autre personne. Qu’une personne puisse acquérir la mémoire d’une autre personne. Cela signifie que les connaissances des grands cerveaux de ce monde ne seraient pas perdues à leurs décès. L’héritage serait inestimable.

L’idée fit son chemin et un laboratoire vit le jour. Le monde scientifique croyait que ce projet était inutile, mais y voyait tout de même une façon de faire avancer la science.


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Dix ans plus tard, les chercheurs réussissent à transférer la mémoire sur des souris. En effet, la souris, ayant hérité de la mémoire, réussi au premier essai et sans hésitation à se rendre au fromage dans un labyrinthe compliqué. La souris qui a légué sa mémoire avait pris des jours à apprendre le chemin exact menant au fromage.

Les scientifiques du monde entier, spécialistes du cerveau, sont renversés en assistant à la démonstration. Pour éviter toute supercherie, ces scientifiques sont invités à reprendre l’expérience dans leur laboratoire respectif. C’est maintenant officiel, la souris peut hériter d’une mémoire !

Cédric, maintenant âgé de 39 ans, demande à être le premier humain à servir de cobaye pour un transfert de mémoire. Ne connaissant pas les conséquences d’une telle expérience chez l’humain, on le lui déconseille fortement. Il lui faut donc trouver une personne qui accepterait de risquer l’expérience.

Jeeves, son maître d’hôtel, était devenu avec les années son confident. Un soir, Cédric demande à Jeeves de le rejoindre dans la bibliothèque et lui demande :

- "Connaissez-vous une personne qui serait prête à risquer l’expérience ?"

Le maître d’hôtel regarde Cédric dans les yeux comme pour s’assurer que sa réponse sera bien reçue et dit :

- "Je connais effectivement quelqu’un qui serait un candidat idéal. C’est une personne que vous connaissez bien. Moi !"

- "Mais Jeeves, il y a un risque."

- "J’ai toujours adoré la lecture. Ma sœur travaille pour John Kingsay, le célèbre écrivain. Il est en phase terminale et n’a que deux mois à vivre. Imaginez-moi avec sa mémoire. C’est un homme généreux; je sais qu’il accepterait ce transfert."

- "Comment en êtes-vous si certain ?"

-"C’est lui qui me l’a offert. Il sait que je suis à votre service, que vous me faites confiance. De plus, sa mort est proche. Et puisqu’il faut que le donneur soit mort, il n’y aurait pas longtemps à attendre."

Cédric accepta l’offre de son fidèle serviteur. Les deux hommes prirent un cognac pour sceller l’entente.


###



L’équipement complexe pour le transfert de mémoire est installé chez l’écrivain. Des infirmières veillent le malade jour et nuit. C’est maintenant une question d’heures. Jeeves, invité par l’écrivain, est déjà sur place depuis une semaine. Ils ont des conversations et deviennent inséparables. John sait que son œuvre n’est pas terminé. Il a encore la tête remplie de mots pouvant transformer des milliers de pages blanches en actions et émotions.

Il est deux heures du matin. Une infirmière réveille Jeeves pour lui annoncer le décès de son ami. Elle a déjà contacté le savant, le transfert devant être effectué dans les quatre heures suivant le décès.

Des électrodes sont placées sur la tête du mort ainsi que celle de Jeeves. Un médecin est présent en cas d’urgence. Jeeves reçoit une intraveineuse et très rapidement glisse dans un profond sommeil.

La machine est lancée. Le rythme cardiaque de Jeeves s’accélère. De légers mouvements des paupières indiquent qu’il rêve présentement. C’est bon signe. Après dix minutes, le coeur reprend son rythme normal. La machine est arrêtée, on débranche les électrodes.

Deux heures plus tard, Jeeves ouvre les yeux. Le médecin s’empresse de lui demander son nom. Étonné, Jeeves répond :

- "Jeeves. Vous me connaissez. Pourquoi cette question ?"

Soulagés, le savant et le médecin rient de bon cœur. Jeeves demande à être seul. Il aimerait réfléchir. Dans sa mémoire, il cherche John. Sur la table de chevet, se trouvent quelques feuilles blanches. Il prend les feuilles et se met à écrire. Après douze pages, il sonne et demande du papier, beaucoup de papier.

Il est maintenant dix heures. Il descend à la cuisine et réclame à manger. Le médecin et le savant le rejoignent. Jeeves peut déjà affirmer que John avait encore beaucoup à accomplir et que puisqu’il n’est plus, il continuera son œuvre.

Un mois a passé et aucun effet secondaire n’est remarqué chez Jeeves si ce n’est le goût d’écrire. Cédric est fou de joie. Il a embauché un nouveau maître d’hôtel. Jeeves fait maintenant partie de la famille.


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Cédric peut maintenant rechercher un donneur. Il aurait voulu sauver le monde. Il a les sous, mais pas les connaissances : où commencer, qui contacter. Le donneur devrait idéalement être un humaniste possédant des connaissances scientifiques suffisantes pour apporter des solutions.

Pendant ce temps, d’autres transferts ont lieu. Une femme dans la cinquantaine reçoit la mémoire de son mari. Une élève récemment diplômé de la faculté de médecine reçoit la mémoire de son professeur.

Cédric désespérait de trouver jusqu’au jour où un savant, reconnu pour son humanisme et son génie, demande à le rencontrer.

Cette rencontre bouleverse Cédric. L’homme devant lui dit qu’il savait, il n’y a pas si longtemps, comment sauver le monde, mais que maintenant cela prendrait un miracle. Cédric ne comprend pas et s’en retourne chez lui, désabusé.

Trois jours plus tard, on lui annonce que ce savant est entre la vie et la mort suite à une tentative de suicide. Il apprend que le savant n’avait plus un sous. Voilà la raison de son suicide se dit-il. Il organise, avec l’accord de la famille, une installation pour le transfert de mémoire. Le lendemain, Cédric hérite de la mémoire du savant et se retire immédiatement dans un chalet pour être seul et réfléchir.


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Dans tous les cas, aucun transfert n’a occasionné d’effets secondaires physiquement. Cependant, la mémoire étant ce qu’elle est, elle retient les bons comme les mauvais souvenirs. La veuve dans la cinquantaine a ainsi appris que son mari avait une liaison depuis plus de huit ans. La diplômée a maintenant des cauchemars presque chaque nuit. Le professeur qu’elle vénérait, était un pédophile et, lui aussi avait des cauchemars. Un enfant de treize ans fut tué de ses mains. L'enfant menaçait de le dénoncer. La pauvre héritière de cette mémoire est devenue folle et fut internée.

Le corps de Cédric fut retrouvé dans le chalet. Il s’était suicidé. Une note trouvée près du cadavre disait qu’il aurait aimé mieux ne pas savoir. Jeeves hérita de la fortune laissée par Cédric et écrivit une cinquantaine de romans dont un qui raconte cette histoire.

de Pierre Bérard

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